Appels à communication |

Appels à communication 2015

Les travailleurs et la mobilité dans les villes d'Ancien Régime : Acteurs et stratégies

Les travailleurs et la mobilité dans les villes d'Ancien Régime : Acteurs et stratégies

31 janvier - Appel à contribution

Présentation

(version anglaise de l'appel à contribution)

Les changements décisifs que le marché du travail est en train de vivre dans les dernières années ont encouragés la réflexion historiographique autour de la précarité et de la flexibilité du travail. Loin d’être une prérogative des sociétés actuelles, la mobilité des travailleurs, surtout intra-sectorielle, a aussi caractérisé le monde du travail de l’Ancien Régime. L’activité des instituts d’assistance et des confréries, les stratégies individuelles et familiales, les parcours professionnels, les contrats et les accords de travail ne sont que quelques-uns des domaines où l’on peut trouver des traces de cette mobilité professionnelle, entendue non seulement comme opportunité de promotion sociale mais aussi et surtout comme condition d’instabilité. Ces journées d’étude voudraient contribuer à éclaircir certaines questions spécifiques sur le thème de la mobilité professionnelle, compte tenu du récent débat historiographique.

Les attitudes et les positions des travailleurs face à la mobilité n’étaient pas univoques : dans certains cas, ils en étaient responsables à travers la résiliation anticipée des contrats ou la migration spontanée ; dans d’autres cas, ils la subissaient à cause des licenciements, des périodes d’inactivité, des déplacements forcés. Pour mieux comprendre les différents aspects de la mobilité professionnelle, il est nécessaire d’enquêter sur les parcours professionnels et les stratégies de certains acteurs face à la mobilité. Il s’agit, en d’autres termes, d’examiner les instruments à disposition des acteurs, les ressources activées pour limiter ou défendre la mobilité ainsi que les conséquences qu’une situation de mobilité professionnelle avait sur les différents secteurs productifs et sur le tissu social urbain.

Les journées d’étude visent à focaliser l’attention, avant tout, sur les acteurs sociaux face aux situations de mobilité professionnelle, en se concentrant plus spécifiquement sur leurs stratégies et sur les instruments utilisés durant le passage d’un emploi à l’autre, d’un moment d’activité à l’inactivité et vice-versa, d’un secteur productif à l’autre ; mais aussi sur les conséquences que ces parcours avaient sur la vie des individus et sur le rôle qu’ils jouaient dans la société urbaine.
Nous sommes convaincus qu’une telle stratégie de recherche – focalisée sur les acteurs et sur les pratiques sociaux – nous permettra de mieux comprendre non seulement le fonctionnement des marchés du travail, mais aussi la raison de l’existence de certaines institutions urbaines de première importance (telles que les confréries, les corporations, les hôpitaux) et les solutions que ces sociétés élaborèrent pour faire face à la mobilité du travail.

À titre d’exemple, nous proposons quatre axes de recherche pour encourager la réflexion :

1. Acteurs

La reconstruction des parcours professionnels individuels et familiaux peut aider à comprendre non seulement quels acteurs étaient plus touchés par le phénomène de la mobilité professionnelle, mais aussi les différentes stratégies que les travailleurs qualifiés et non-qualifiés, femmes et hommes, étrangers et citoyens essayaient de créer dans les périodes de mobilité.

  • Quelles stratégies, individuelles ou familiales, étaient utilisées face à l’instabilité professionnelle ?
  • Quels travailleurs étaient le plus sujets à la mobilité professionnelle ?
  • Est-ce que l’on peut identifier des typologies ou des groupes sociaux spécifiques ?
  • Comment ces stratégies se différenciaient-elles ? Selon le genre, l’âge ou le status des acteurs ?

2. Réseaux

Les études socio-anthropologiques nous ont montré l’importance des réseaux de liens sociaux dans la recherche d’un emploi. A notre avis, il est nécessaire de comprendre comment et à travers quels outils ces réseaux étaient activés et quand il était préférable pour les individus de rester à l’intérieur ou de sortir du réseau.

  • A quels acteurs du réseau les travailleurs s’adressaient-ils en cas de nécessité dans les périodes de mobilité professionnelle ?
  • Est-ce que l’on peut identifier des lieux de la ville qui favorisaient la socialisation et l’échange d’informations sur l’offre et la demande de travail ?
  • Comment les marchés du travail personnalisés, imbibés de relations sociales, étaient-ils en rapport avec les marchés impersonnels, dont les sources parlent des places de marché, comme la célèbre Place de Grève à Paris ? S’agissait-il de deux mondes différents ou de deux ressources complémentaires ?

3. Organisations

Dans les parcours de vie individuels et familiaux, certains instituts de la ville (corporations, instituts d’assistance, confréries) jouèrent un rôle de soutien remarquable face au moment d’inactivité et à l’incertitude, à travers la garantie de l’assistance, la gestion de la mobilité et, par conséquent, le maintien de l’ordre publique. Dans ce sens, ces institutions étaient aussi bien des ressources disponibles dans les moments de crise qu’un instrument de contrôle avec lequel les travailleurs avaient souvent un rapport conflictuel. En laissant de coté l’histoire institutionnelle ou normative de ces organisations, à notre avis, il est nécessaire de comprendre les instances que les acteurs leur adressaient et d’identifier les ressources auxquelles les acteurs pouvaient accéder et celles qui leur étaient interdites.

  • Quelles requêtes les travailleurs adressaient-ils aux organisations et aux institutions de la ville en cas de mobilité professionnelle ?
  • Quand et comment les acteurs s’adressaient-ils et avaient-ils accès à ces organisations ?
  • Quel rapport liait les travailleurs et ces organisations dans les moments de normalité ?

4. Institutions

Certaines institutions – c’est-à-dire les obligations juridiques et sociales, dans ce cas les normes et les contrats – jouaient un rôle crucial pour favoriser ou limiter la mobilité professionnelle. La définition des termes des contrats était souvent le résultat d’un processus de négociation entre les employeurs et les travailleurs qui nous permet d’observer et de comprendre les instances et les stratégies des parties pour favoriser ou limiter la mobilité professionnelle ou la libre circulation de la main-d’œuvre. Les accords de travail, en définissant la typologie du rapport de travail (par exemple libre ou servile), les modalités de paiement des salaires (avec ou sans avances), l’émission des licences de fin de rapport, étaient autant d’instruments de régulation de la mobilité professionnelle, qui pouvaient être négociés et renégociés par les parties. D’autre part, certaines lois – positives ou coutumières –pouvaient limiter la possibilité de négocier les contrats, en empêchant les violations des accords et le licenciement arbitraire, en exerçant un contrôle sur le vagabondage et les déplacements d’un lieu à l’autre. A travers la reconstruction des contextes législatifs de référence, l’observation du processus de négociation des contrats de travail peut aider à mieux comprendre les instances et les stratégies des acteurs.

  • Quelles instances les travailleurs adressaient-ils au tribunal ou aux notaires pendant les processus de renégociation des contrats en cas de mobilité professionnelle ?
  • Quels droits les acteurs revendiquaient-ils au moment de la négociation ou de la renégociation d’un contrat ?
  • Quelles clauses ou outils contractuels étaient utilisés par les acteurs sociaux pour favoriser ou limiter la mobilité professionnelle ?

Modalités

Les contributions peuvent englober un ou plusieurs axes parmi ceux indiqués ci-dessus. Les propositions (300-500 mots) en français ou en anglais, doivent être envoyées, avec un bref CV (1 page), avant le 31 janvier 2015 au adresse courriel : workersmobility@gmail.com.
La sélection des propositions suivra un critère de cohérence des contributions avec les stratégies de recherche indiquées dans l’appel à contributions.
L’acceptation sera communiquée aux participants avant le 7 février 2015.

Les journées d’étude sont organisées par l’EHESS de Paris et l’Université de Padoue dans le cadre des activités des projets de recherche Marie Curie IEF – Intra-European Fellowships Migration, integration and labour market: skilled workers and building sites in Turin in the Eighteenth Century et FIRB 2012 – Futuro in ricerca Maritime borders in the Mediterranean: how permeable are they? Exchange, control, denial of access (16th to 21st century).
Ce colloque sera le premier d’une série de journées qui auront lieu pendant la période 2015-2016 autour du thème de l’histoire du travail et des migrations ; par ailleurs, le fruit de ces journées sera la publication d’une série d’ouvrages collectifs sur ces sujets.

Contacts: workersmobility@gmail.com
Dr. Andrea Caracausi, Università di Padova (andrea.caracausi@unipd.it)
Dr. Nicoletta Rolla, EHESS-Paris, Marie Curie Fellow (nicoletta.rolla@ehess.fr)

Document(s) à télécharger

Document(s) à télécharger

Pour citer ce document

, «Les travailleurs et la mobilité dans les villes d'Ancien Régime : Acteurs et stratégies», CRH [En ligne], Appels à communication 2015, Appels à communication,mis à jour le : 31/01/2015
,URL : http://crh.ehess.fr/index.php?4215.
EHESS
CNRS

flux rss  Actualités

Les états modifiés de conscience

Journée(s) d'étude - Jeudi 11 janvier 2018 - 17:00Christian Sueur, psychiatreLe renouveau des utilisations thérapeutiques des substances psychédéliquesDavid Dupuis, anthropologue, post-doctorant Durham University (UK)L’ayahuasca parle aux Français. Pèlerinages psychotropiques en Amazonie péruvie (...)(...)

Lire la suite

Le genre en histoire

Appel à communication - Lundi 22 janvier 2018 - 18:00Comité organisateur : Laura BALZER (doctorante, EHESS/Paris 1Panthéon-Sorbonne), Marion PHILIP (doctorante, EHESS/Paris-Sorbonne) PrésentationDepuis les années 1960, l'utilisation du genre comme démarche et objet d'étude a généré une définitio (...)(...)

Lire la suite

Dominique Julia reçoit deux Prix prestigieux

Prix et distinctions -Directeur de recherche au CNRS dont il a reçu la Médaille d'argent en 1999 pour l'ensemble de son œuvre, Dominique Julia a été professeur à l'Institut universitaire européen de Florence (1989-1993), puis co-directeur, avec Philippe Boutry, du Centre d'anthropologie religieu (...)(...)

Lire la suite

Plus d'actualités

CRH UMR 8558

EHESS
54, boulevard Raspail
75006 Paris
Tél. : +33 (0)1 49 54 24 42

Direction du CRH :
Fanny Cosandey
Mathieu Marraud
Jean-Paul Zuñiga

Dernière modification :
13/12/2017